Avec une flotte de cinq
navires et deux cent soixante hommes, Magellan part le 10 août 1519 de Séville.
Ces bateaux voguent vers le port de San Lucar de Barrameda. Là ils sont
approvisionnés et vérifier pour la dernière fois par Magellan. En
effet, il les a acheté dans la hâte et dans un état désastreux. Ils
ont été remis en état de marche, les goudronnant, les cirant, les
calfeutrant et les astiquant. Les cordages sont également vérifiés, les
voiles refaites.
Magellan emporte avec lui
des présents pour les indigènes qu'il rencontrera (miroirs, couteaux,
clochettes et grelots). Mais il vérifie la cargaison car il sait que le
voyage sera long et difficile. Cette cargaison est composée de farine, de
haricots, de lentilles, de riz, de cinq cent soixante dix livres de porc,
de deux cents tonneaux de sardines, de neuf cent quatre vingt quatre
fromages, de quatre cent cinquante cordons d'ail et oignon. Il y a également
mille cinq cent douze livres de miel et trois mille deux cent livres de
raisins secs. Pour le moral des marins, il y a du Xeres, et pour l'éclairage,
des lanternes et des chandelles.
Magellan passe en revue l'équipage,
fait d'hommes de différentes nationalités, recrutés dans les ruelles ou
les tavernes, dans les semaines précédant le départ. Il s'interroge sur
leur comportement dans les moments difficiles qu'ils vivront sûrement.
Le 20 septembre 1519,
à l'aube, au son des coups de canons, la flotte quitte San Lucar. Dans ce
voyage, Magellan a pour rêve de trouver ce passage vers l'ouest qui le mènerait
vers l'Asie. En cela, il veut accomplir ce que n'a pas réussi à faire
Christophe Colomb.
"Le
10 août 1519, les hommes d'équipage, environ deux-cent
soixante dix, se réunissent à l'aube pour une messe d'adieu
solennelle. Fernand de Magellan a reçu l'étendard royal en
soie et jure de revendiquer toute les terres qu'il découvrira
au nom du roi Charles. Ensuite, ses capitaines, pilotes et
quartiers-maîtres s'agenouillent devant lui et promettent de
lui obéir en toute chose."
|
Deux mois plus tard, le
29
novembre 1519, les marins atteignent les côtes du Brésil. Le 13 décembre
1519, ils atteignent une baie inconnue qui sera la future baie de Rio
de Janeiro. Ils en profitent pour ce ravitailler et faire des réparations
sur les navires.
Les habitants de ces terres
se montrent doux et amicaux avec les portugais, même si par la suite
Antonio Pigafetta apprend que ces derniers sont cannibales. Mais tout ce
passe bien. Les marins découvrent de nouveaux fruits comme les ananas ou
les "batates" (en forme de châtaigne) et la canne à sucre. Ils
peuvent les acheter pour presque rien. Les marins y vivent des moments
paisibles, se divertissant, même avec les jeunes filles locales qu'ils
peuvent acheter (eh oui) pour peu.
Mais il est temps de
reprendre la mer. Début janvier 1520, Magellan croit avoir trouvé le
passage tant recherché. Mais ce n'est qu'illusion. Le doute s'installe au
sein des navires. En effet, ils se retrouvent dans des conditions plus pénibles
que ce qui leur avait été promis en Espagne, avant le départ.
Mais ce périple commence
à paraître long aux hommes d'équipage et ces derniers déclenchent une
mutinerie. Magellan y met un terme, mais dans la violence (mutins décapités,
poignardés ou écartelés). Par la suite, un des navires, le Santiago,
fait naufrage lors d'une exploration.
Le 21 octobre 1520,
Magellan découvre une baie inconnue. Pour lui, il s'agit sans conteste du
passage qu'il recherchait. Il y donne le nom de détroit de Magellan. Le
contournant, il nommera Terre de Feu les territoires de la côte, y voyant
de nombreux feux allumés par les populations locales. Mais une seconde
mutinerie est déclenchée. En effet, les marins s'inquiètent des
nouvelles mers qu'ils abordent. Un des navires, le San Antonio, en profite
pour retourner en arrière.
"Nous
quittons nos quartiers d'hivers en octobre 1520, le printemps
dans cette région, avec quatre navires ; le Santiago a fait
naufrage lors d'une mission d'exploration. Dans une échancrure
sinistre, à quelques centaines de kilomètres au sud, nous
trouvons enfin El Paso, le passage que nous recherchions, une série
de profonds détroits et de baies qui s'étendent à perte de
vue. Mon maître est aux anges, ainsi, au début, que les
officiers et l'équipage."
Enrique
de Malacca
|
Les navires ne peuvent se
ravitailler, ne sachant pas trop leur position exacte. Aussi, la faim
ainsi que la soif les tenaillent. Le scorbut fait son apparition. Une
vingtaine d'hommes sont morts.
Cependant, comme la traversée
se fait sur des eaux calmes, Magellan leur donne le nom d'Océan
Pacifique.
Le 6 mars 1521, il atteint
les îles des Mariannes. Ils pourront alors s'approvisionner. Magellan
arrive dans les Philippines le 16 mars 1521, en accostant dans l'île
de Cebu. Son roi, Humaubon, est converti à la religion catholique en se
faisant baptisé, ainsi que la population de l'île.
"Trois
mois après avoir quitté El Paso, plus squelettiques
qu'humains, nous atteignons enfin les îles Philippines, où mon
maître pense être déjà venu plusieurs années
auparavant."
Enrique de
Malacca
|
Le roi de l'île de Cebu
envoie une expédition contre le roi de l'île de Mactan. Magellan veut y
participer, aux côtes de son nouvel ami. Blessé par une flèche
empoisonnée, pris en embuscade avec huit de ses hommes, Magellan meurt le
27 avril 1521. Sur plus de ceux cents hommes, seulement cent quatorze s'en
sortiront.
"J'étais
avec Magellan lorsqu'il est mort. J'ai combattu à ses côtés
contre les trois mille guerriers du chef Lapulalu, et je ne me
suis enfui que lorsqu'ils se sont attroupés autour de mon maître
abattu, comme des mouches sur un morceau de sucre, pour plonger
leur lance de bambou dans son corps. Où étaient-ils les
capitaines espagnols, à ce moment là ? En sécurité à bord
de leurs vaisseaux, occupés à lisser leurs moustaches et à se
jeter des coups d'oeil entendus."
Enrique
de Malacca
|
Privés d'un autre navire,
la Conception, l'équipage reprend la mer et atteint les Moluques le 6
novembre 1521. Les marins s'y reposent et acquièrent des épices. Les
deux navires quittent ces îles le 27 décembre 1521. Mais l'un des
naivres, la Trinidad, ayant des problèmes, retourne vers les Moluques.
Un seul navire, le
Victoria, poursuit son voyage de retour, commandé par Sebastian Del Cano.
Il traverse l'océan indien, remonte vers l'Europe en longeant les côtes
africaines (ils atteignent le cap de Bonne Espérance le 19 mai 1522). Ils
ne sont plus qu'une trentaine de marins. Ce dernier voyage est très
difficile. Le 9 juillet 1522, alors dans les îles du Cap-Vert pour
trouver à manger, des hommes d'équipage sont fait prisonniers par la
population locale.
"Nous
ne mangions que des vieux biscuits réduits en poudre et pleins
de vers. Nous mangions aussi des peaux de boeuf... et quant aux
rats, certains d'entre nous n'en avaient pas assez."
Antonio
Pigafetta
|
Le 6 septembre 1522, la
dernière caravelle et ses dix huit hommes arrivent dans le port de San
Lucar. Antonio Pigafetta fait le compte rendu de cette terrible épopée.
Sebastian Del Cano est anobli par Charles Quint
Cette expédition a
accompli le premier tour du monde. Elle a permis de confirmer la rotondité
de la Terre, la possibilité de joindre l'Orient par l'ouest et le fait
que l'Amérique est bien un continent à part. Elle rapporte également
trois cents quintaux d'épices.
Quelques années plus tard,
en 1526, des rescapés du Trinidad arrivent en espagne.
