index

PAGE ACCUEIL

Alfonso de Albuquerque

Barendsz ou Barents

Bateau

Les bateaux

Martin Behaim

Boris

Les relations de Byzance et Venise au XIème siècle

Pedro Alvares Cabral

Cam

Caraques

La caravelle

Conférence

Informations générales sur la carte marine

Jacques Cartier 1491

Champlain

Samuel Champlain

C Comomb

CROZIER

MAGELLAN

CHRISTOPHE COLOMB

Pedro Alvares Cabral

LES CORSAIRES

Hernan Cortes

la découverte des pôles

Ernestine Carreira, maître de conférence au département des études de langue portugaise, université de Provence

 

Ma conférence a porté sur une des villes les plus légendaires d'Asie : Goa - « Goa dourada » (Goa la richissime) comme la nommaient les Portugais (qui la bâtirent à partir de 1510 et l'occupèrent jusqu'en 1961), ou Goa, la Rome de l'Orient comme elle etait connue en Europe, puisqu'elle fut jusqu'au XIXe siècle, avec son archevêché, la capitale de l'Orient catholique.
Située sur la côte occidentale de l'inde, à 5oo km au sud de la première grande ville du pays (Bombay) Goa, l'historique cité de Goa, a aujourd'hui disparu, démontée pierre après pierre depuis plus de deux siècles- il n'en reste que le splendide site, recouvert d'une luxuriante végétation et de cocoteraies, ainsi que quelques églises, bâtiments sacrés et donc inamovibles-
La vieille Goa, comme on la nomme depuis le XIXe siècle, par opposition à la Nouvelle Goa, ville bâtie au XIXe siècle quelque 20 km plus loin, déclarée patrimoine universel par l'UNESCO, est aujourd'hui en cours de restauration-
Goa est en fait aujourd'hui un des multiples états de la fédération indienne (3600 km 2) soit un des plus petits. Sa capitale depuis le XIXe siècle est officiellement Panaji (ou Nova Goa), et l'emplacement de la Goa portugaise est appelé Velha Goa. Pour faciliter les choses, j'utiliserai donc abusivement le terme de Goa pour parler à la fois de la ville et du territoire.

CONQUÊTE DE GOA PAR LES PORTUGAIS

Goa est l'élément central de l'aventure expansionniste portugaise, commencée en 1415 par la conquête de la côte do Maroc. Pendant un siècle, le petit royaume du Portugal (1,5 million d'habitants), doté de la plus puissante marine de guerre de l'Europe à cette époque- va être le premier état prêt pour la découverte des côtes de l'Atlantique sud et de l'océan Indien.
En 1498, le voyage de Vasco da Gama, qui découvre la route des Indes par la voie du Cap de Bonne Espérance, inaugure une nouvelle ère dans l'Histoire mondiale puisqu'il met en contact les civilisations et les 2conomies de l'Orient et de l'Occident. Ce voyage a deux objectifs : la découverte de chrétiens et d'épices. On est à la fin du Moyen-âge, dans la péninsule ibérique, la croisade contre l'islam est encore une réalité, et face à l'expansion de l'empire ottoman en Méditerranée, les Portugais espèrent répondre par des alliances avec les chrétiens du bout du monde.
On croyait en effet que l'Inde était chrétienne.
A l'aspiration religieuse s'ajoutaient les impératifs économiques : le marché des épices, fournis aussi à l'Occident par l'intermédiaire des musulmans. L'Inde, pays du poivre (côte occidentale), de la cannelle, du gingembre… est donc le paradis recherché. Inde, sous-continent très riche et développé- environ 100 millions d'habitants.
Si Vasco de Gama découvre la route des Indes, ses successeurs vont en quelques années installer une série de comptoirs commerciaux sur la côte occidentale de l'Inde. Dès 1505, le roi Manuel Ier nomme un vice-roi des Indes, gouverneur d'un empire encore à conquérir. Comme l'écrit l'historien Luis Filipe Tomaz, Francisco de Almeida, le premier nommé, fut le seul vice-roi à avoir pour capitale le ponton de son navire.
Mais à Almeida succède un personnage d'une tout autre envergure : Afonso de Albuquerque, véritable génie militaire, qui en quelques années, plus précisément entre 1507 et 1515, va concevoir la conquête d'un véritable empire maritime. Il comprend que les Portugais ne peuvent avoir l'exclusivité de l'exportation de produits orientaux vers l'Europe que s'ils dominent les mers et ravissent aux musulmans les routes commerciales de l'océan indien. La conquête de deux ports-clefs va lui garantir ce monopole : Ormuz, qui bloque l'acheminement des épices vers le monde arabe, puis la Méditerranée, et Malacca ( près de l'actuelle SIngapour) qui reçoit les marchandises de la Chine et de toute l'Insulinde.
L'espace maritime gigantesque que les Portugais prétendent dominer, ne peut se concevoir que grâce à l'appui d'une série de ports d'escales nécessaires à la réparation des vaisseaux et au commerce. De fait, un voyage entre Lisbonne et l'inde dure environ 7 à 8 mois. Impossible, en cas d'attaque, d'attendre des secours. Les vice-rois doivent donc disposer d'une flotte de guerre permanente, liée à un port d'attache, car l'océan Indien est impraticable entre juin et septembre à cause des moussons- il faut mettre les vaisseaux à l'abri. Très rapidement, Albuquerque conçoit la nécessité pour les Portugais de posséder une ville portuaire, centrale
Contre l'avis du roi, qui préfère l'île de Ceylan ou le port de Cochin (sud), dont les rois sont particulièrement accueillants à l'égard des Portugais, mais avec lesquels il faudrait partager le pouvoir, Albuquerque préfère la conquête d 'on port, situé à mi-chemin entre Ormuz et Malacca, le meilleur port naturel de l'inde à cette époque : Goa.

Quelques mots sur cette ville à l'arrivée des Portugais - c'est une très ancienne cité. Elle appartient jusqu'en 1475 au royaume hindou de Vijayanagar, qui dominait le sud de l'Inde. En 1475 donc, Goa passe sous domination musulmane, conquise par Adil Shah, Sultan de Bijapur.
A la fin du XVe siècle, une série de bouleversements politiques, marqués par la progression des pouvoirs musulmans au détriment des vieux états hindous changent la face politique du sous-continent, introduisant une période de plus d'un siècle de révolutions politiques et militaires. C'est d'ailleurs cette instabilité permanente qui va permettre aux Portugais de s'installer à Goa et d'occuper par la suite les principaux ports de l'Inde. Adil Shah fait raser entièrement la Goa hindoue, qui se situait alors au sud de l'île de Tiswari et la rebâtit au nord, transformant l'ancien petit port de pêche en un port commercial international, qui recevait des navires de tout l'océan indien, du golfe persique et de la mer Rouge. On comprend donc l'intérêt d'Albuquerque.
En décembre 1510, le jour de Sainte Catherine d'Alexandrie, future patronne de la ville, Albuquerque assiège et prend Goa, qu'il fait à son tour détruire. Ses successeurs la rebâtiront à leur image, c'est-à-dire à l'image de la ville chrétienne de Lisbonne. La ville va connaître un siècle et demi d'une brillante civilisation indo-portugaise avant d'amorcer, à partir du milieu du XVIIe siècle, une irréversible décadence qui conduira à son progressif « démantellement » au cours des deux siècles suivants.

Nous allons donc développer essentiellement sur l'âge d'or de la cité, le plus fabuleux.

Goa Dourada


Goa va devenir pendant un siècle et demi la capitale d'un très vaste empire maritime qui va du cap de Bonne-Espérance à la mer du Japon. Alors que dans l'Atlantique les colonies portugaises, et en particulier le Brésil se développent sous l'autorité directe de Lisbonne, le vice-royaume oriental a une gestion quasi indépendante, bien qu'entièrement calquée sur le modèle métropolitain. Goa concentre l'autorité religieuse (archevêché), inquisition, judiciaire, politique (le vice-roi est un véritable chef d'état qui envoie des ambassades auprès des souverains d'Asie, et en particulier l'empereur de Chine). Des ambassadeurs des rois de Perse, des Moghols (nouveaux souverains de l'Inde au XVIIe siècle) y résident en permanence…
Goa devient aussi la principale puissance commerciale de l'Orient. Car si la navigation marchande d'Asie s'ouvre aux particuliers de l'Inde portugaise (métropolitains ou asiatiques), seul le roi du Portugal a le monopole du commerce entre l'Europe et l'Asie (commerce transocéanique). Donc toutes les marchandises d'Orient à destination de l'Europe convergent vers Goa, où elles seront embarquées pour l'Atlantique. Il en va de même pour les produits d'Europe destinés au marché asiatique. En quelques décennies, c'est-à-dire vers le milieu du XVIe siècle, Goa va dépasser Lisbonne en habitants (100.000 pour Lisbonne, 200.000 pour Goa selon certains chroniqueurs, soit une population équivalente à celle des principales villes de l'Europe comme Paris ou Londres. C'est une.ville cosmopolite.

Il est difficile aujourd'hui de se forger une image complète de la ville à cette époque : informations insuffisantes (les archives de l'expansion ont été détruites lors du tremblement de terre de Lisbonne), iconographie réduite (les Portugais, par tradition, dessinent peu).

Je vous propose donc une promenade à travers la Goa dourada, en regardant les très belles lithographies que nous a léguées le Hollandais Jan Huygen van Linschoten, jeune négociant expédié par sa famille à Goa dans les années 1580.
Goa connaît son apogée justement dans cette seconde moitié du siècle.
Cette ville qui s'étire sur deux km de long prétend être en réalité une réplique de Lisbonne. Comme cette dernière, elle est bâtie sur 7 collines couronnées d'églises et de beaux palais Des couvents et des chapelles se nichent dans les vallées, tandis que les riches demeures et les masures des plus pauvres dévalent les versants des collines.
Le plan laissé par Linschoten, confirmé par d'autres sources montre une ville qui s'est développée en cercles successifs à partir du point d'ancrage sur la rive de la Mandovi. Contrairement au modèle espagnol qui bâtit la ville autour et à partir d'une place centrale, la ville portugaise se disperse en une série de places mineures et de quartiers qui concentrent les diverses institutions et l'architecture civile. Et Goa, comme la quasi totalité des grandes villes de l'outre-mer portugais répond à ce modèle. Comme la très grande majorité des villes de l'empire, que ce soit dans l'Atlantique ou dans l'océan indien, c'est une ville portuaire et côtière, bâtie non pas sur une baie naturelle mais sur un port fluvial (meilleur abri). Comme la majorité des villes, elle est bâtie sur une île (meilleure défense), ici île de Tiswari.
Le premier noyau de la ville est donc constitué par les quartiers et les quais du bord du fleuve. C'est là que se concentre la construction navale (cette côte de l'inde avait à l'époque de magnifiques forêts de teck, le meilleur bois du monde pour la construction navale), construction qui emploie plusieurs milliers d'hommes et des dizaines d'éléphants. C'est là aussi qu'accostaient les riches galions venus d'Europe et que chargeaient ceux qui repartaient chargés de poivre , de cotons, de diamants indiens, de cannelle de Ceylan, de rubis de Birmanie, de soies et porcelaines de chine, de laques du Japon. Les quais du port etaient fermés la nuit et étroitement surveillés (la puissance portugaise reposait sur ses navires). Seul le vice-roi avait le droit de résider dans la zone.
A l'ouest, sur le quai Sainte Catherine, se trouvait l'hôpital royal, réservé aux hommes de condition (européens), et appliquant la médecine occidentale. Il recevait plusieurs milliers de malades par an (mortalité et épidémies très fréquentes à bord des vaisseaux). La mortalité restait tout de même effroyable car on soignait très mal le scorbut, les dysenteries, le choléra. A l'ouest encore, sur la « ribeira das Galés », rive des galères, arrivaient les vaisseaux marchands. Sur cette rive croupissaient les détenus de droit commun, européens et indiens, qui attendaient d'être enrolés dans les équipages (pour trouver les marins nécessaires à l'expansion, les Portugais ont vidé les prisons du royaume)
Adjacent à la ribeira das galés, se trouve le TERREIRO grande (Passo), le plus grand des quais, dit du « vice-roi - [comme à Lisbonne] centre de la vie officielle de Goa où se trouvent les édifices de prestige comme palais du vice-roi et dépendances.
Enfin, le grand Bazar de Sainte Catherine, bruyant et coloré, fréquenté surtout par la population des faubourgs, est le point de rencontre des ménagères, des esclaves et des serviteurs de Goa

Au sud de ce premier noyau (les quatre enceintes et le bazar) (au nord sur les cartes) s'étendait la ville proprement dite- pour y accéder, on franchissait l'arc des vice-rois, situé à la pointe occidentale du palais des vice-rois.
L'arc des vice-rois débouche sur le « terreiro do paço », vaste terre-plein limité par la façade sud du palais des vice-rois et par le palais de justice- c'est ici le point de rencontre de la haute société goanaise. On s'y promène à cheval ou en palanquin

La grande artère commerçante de la ville, la rua direita, part du terreiro do Paço, s'étend sur deux kilomètres- bordée de bâtiments importants comme la Misericórdia (l'hôtel-dieu) - vente esclaves, chevaux sur la partie nord (connue sous le nom de Leilão)
Linschoten vit à goa de 1583 à 1588 - il laisse magnifique gravure de ce lieu. C'est une rue assez large avec des maisons à deux étages pourvues de balcons et de boutiques.
Les habitations se composent de toitures en tuile rouge, construites en pisé ou latérite, sur deux étages, avec balcons qui courent le long des façades. Ces dernières sont généralement peintes en ocre, ou blanchies à la chaux, à la portugaise (préparées ici avec de la coquille d'huître broyée)
On y trouve de tout : poivre , cotonnades du Gujarat, cannelle de Ceylan, ivoire et or du Mozambique, porcelaines de Chine, esclaves de toute l'Asie et de l'Afrique.
Les plus belles de ces boutiques appartiennent à marchands Européens portugais, allemands, italiens. Juifs et Arméniens y sont aussi installés. S'y côtoient orfèvres, joailliers, lapidaires, tapissiers et marchands de soieries, courtiers, banquiers…
A droite de la rua direita ; on va dans le quartier populaire de la cathédrale- place où se trouvait l'ancien palais d'Adil shah, affecté en 1560 à l'Inquisition- on y édifie entre 1586 et 1589 le couvent de Bom Jesus, qui jouxte ensuite l'église de Bom Jesus, et collège Saint Paul.

Au bout de la rua direita, se trouvait la place du pilori, près de l'église de Nossa Senhora da Serra
Il n'en reste rien aujourd'hui, sauf le tracé des rues- quatier typique de goa avec maisons serrées les unes contre les autres
Les rues ne sont pas pavées, on y jette les ordures (plusieurs épidémies de choléra y font de gros dégâts en 153 et 1570). Les Rues et quais servent de toilettes publiques. Le premier service de nettoyage municipal sera instauré après 1603 en raison de l'état de saleté des rues qui fait craindre des épidémies
De juin à septembre, les rues deviennent des bourbiers à cause de la mousson, et sont parfois impraticables. Seules les rues les plus importantes sont empierrées.
Il y existe une foule d'églises et de chapelles qui délimitent les faubourgs de goa. Cela relève de l'effort d'évangélisation et prouve la précarité de la vie quotidienne, mais on y décèle aussi quelques chose d'obsessionnel dans cette manière de délimiter le terrain chrétien, d'affirmer sa religion au sein d'un monde musulman et hindou.
Goa n'a pas de remparts puissants du côté terre. L'île est protégée par des forts placés dans l'estuaire des deux fleuves qui l'entourent : la Mandovi au nord, et le Zuari au sud - l'île de Tiswari est naturellement défendue par la largeur des fleuves et les îlots marécageux qui les bordent.

Une multitude d'ethnies sont appelées à co-habiter. L'harmonie est une nécessité pour la survie du territoire. Dès l'époque d'Albuquerque, on encourage les mariages entre Portugais et femmes indiennes de condition égale : ce seront les « casados »- noyau de population qui fut à l'origine de la brillante civilisation de Goa et survécut au démembrement de l'empire oriental
Le groupe dominant à Goa : les nobles de souche, les fidalgos, qui ont quitté le Portugal pour le service de la couronne - le noble vient en inde généralement avec ses frères , cousins, son épouse… Les nobles occupent la quasi-totalité des charges importantes. C'est un groupe turbulent, que le vice-roi a du mal à tenir. Leur objectif : s'enrichir avant le départ pour la métropole. Ces nobles ne se déplacent qu'à chevalou en palanquin, toujours armés. Selon le voyageur français Pyrard de Laval, même quand ils se déplacent à pied, ils emmènent le cheval et le palanquin, et parfois plus d'une dizaine de pages (petits garçons venus du Portugal), trop petits pour porter des armes, et qui se chargent en général de porter des messages. Ils se font aussi accompagner de six ou sept grands cafres de Mozambique, habillés aux couleurs du maître et qui portent les armes et servent de gardes du corps, puis viennent des esclaves transportant chaise, tabourets, coussins et un énorme parassol, indispensable pour protéger du soleil comme de la pluie, recouvert de velours ou de soie
Les femmes aristocrates ne sortent que pour aller à l'église - toujours en palanquin fermé décoré à l'orientale- avec une suite de demoiselles ou « criadas » portugaises ou métisses- esclaves et servantes qui vont à pied- les esclaves portent chaises et coussins - les femmes nobles s'habillent à la portugaise avec des robes de brocart et soie enrichies d'argent et perles, des voiles de crêpe fin- les jeunes filles portent des voiles de couleur, les femmes mariées sont en noir.
De retour à la maison, on ôte ces tenues d'apparat pour de fines chemises de coton transparent et jupes de soie (les bajus)
Preuve du métissage culturel : les femmes chiquent du bétel, mangent beaucoup d'épices, se baignent plusieurs fois par jour. Elles donnent à Goa la réputation d'une ville licencieuse. Beaucoup d'observateurs constatent en effet une grande liberté des mœurs (la syphilis est présente dans toutes les classes sociales et la prostitution importante).
Ces femmes sont très majoritairement des métisses luso-indienes, très peu sont portugaises (les orphelines du roi, envoyées avec une dote, sont peu nombreuses) et généralement les hommes partent sans femme d'Europe.
Chaque maison noble compte en moyenne quelques centaines d'esclaves et les foyers moyens une bonne dizaine. Ces esclaves sont des sources de revenus pour les maîtres car ils exercent des fonctions dans la ville : porteurs d'eau, ils construisent et entretiennent les bâtiments, déchargent et chargent dans quais. Les filles esclaves ont souvent des enfants du maître. Si elles enfantent d'un garçon, elles sont souvent affranchies. Les sévices ne sont pas rares.

Les Soldats sont généralement levés de force dans de petits villages du Portugal, ou sortis de prison après de petits larcins - leurs soldes sont calculés en fonction des origines sociales- beaucoup changent de nom et se prétendent même nobles. Mais surtout, des bandes de soldats déambulant dans les rues, désoeuvrés, bagarreurs. Les rues sont dangereuses dès la tombée du jour- les délinquants avec casiers judiciaires chargés sont lâchés comme les autres. Il en va de même pour les criminels de droit commun- entre nobles, marchands et déportées, environ 10.000 portugais vivent à Goa vers le milieu du XVIe siècle- ils sont malgré tout une minorité dans la ville.

La population hindoue est exclue de ce cercle indo-portugais, sauf quelques riches personnalités (princes indiens protégés par les Portugais, ambassadeurs…)- qui imitent d'ailleurs le mode de vie de ces Portugais
A la fin du XVIe siècle, environ 20000 hindous résident à Goa ainsi que des gens du monde arabe, des Bengalis, Chinois, des Japonais, des Ethiopiens, des Mozambicains. La population hindoue est privée de ses temples et de ses endroits de culte à partir de 1540 (elle les rebâtira aux frontières du territoire portugais) mais elle peut s'adonner au commerce et à l'agriculture. Beaucoup de boutiques de la « rua direita » appartiennent aux juifs et arméniens, certaines rues sont réservées aux marchands orientaux ;

 

LE DECLIN -PANJIM


 

Causes de l'abandon de la ville : L'ensablement des côtes et des rivières. Les navires étaient obligés depuis le début du XVIIIe siècle d'aller ancrer plus au sud, à Mormugão. La ville est aussi régulièrement victime d'épidémies de choléra, de malaria endémique (zone de marécages), d'insalubrité. Dès le début du XVIIIe siècle, les vice-rois obtiennent l'autorisation de ne pas y résider.
Avant de devenir une province lointaine du Portugal et de sombrer dans une irréversible décadence, Goa connut dans les trente premières années du XIXe siècle un regain d'activité économique dont les bénéfices allaient permettre de construire les principaux bâtiments publics et religieux de la nouvelle Goa, élevée au rang de ville capitale en 1843, sur l'emplacement du village hindou de Pangim : la contrebande d'opium. Depuis la fin du XVIIIe siècle, les Anglais avaient en effet innondé le marché chinois d'opium indien, faisant de ce produit auparavant apanage de l'élite des mandarins, un produit de consommation courante. Pour fuir les taxes et les contrôles de qualités imposés par les autorités britanniques, les commerçants indiens le firent pendant des décennies passer illégalement vers Goa d'où il était discrètement acheminé sur des petits navires vers un autre territoire portugais qui dépendait encore de la juridiction administrative de Goa : Macao, aux portes de la chine impériale.

A partir des années 1840, Goa vivota, avec une simple économie de survie, et une petite production liée aux cocotiers : l'alcool (fenim) sorte d'eau de vie de palmier, et les tapis de fibre de coco… La population chrétienne (indiens et métis) commença un long mouvement de migration vers Bombay. Panjim avait à la fin du siècle environ 20.000 habitants (contre 500000 pour Bombay)
Panjim n'apporte pas de renouveau culturel pour Goa dans la première moitié du XIXe siècle. Bâtie sans âme, c'est un espace organisé à l'européenne, avec des rues et des places aérées, des quartiers proprets et des quelques centaines de maisons nobles identiques à celles que l'on trouvait alors dans reste du monde portugais (chaux, tuile, véranda ou balcon), peintes à la chaux, que l'on admire encore aujourd'hui dans la campagne goanaise (celles de panjim ont souvent disparu au profit d'immeubles sans style)
Mais en revanche à partir de la seconde moitié du siècle, grâce à l'introduction d'un lycée (Goa fut une des deux seules villes de l'outre-mer a pouvoir bénéficier de ce privilège), Goa connut plusieurs brillantes générations d'intellectuels qui ont laissé un ensemble d'œuvres poétiques et littéraires non négligeables.

L'héritage

En février 1950, les autorités de l'union indienne, indépendante depuis 1947, réclament la possession des trois territoires français et portugais (Goa, Daman et Diu) et proposent ouverture de négociations. Le chef du gouvernement portugais, António de Oliveira Salazar, refuse. Le 11 juin 1953, les deux pays interrompent leurs relations diplomatiques. Dès 1955, Nehru annonce son intention d'occuper Goa, ce qui sera effectué le 18 décembre 1961.
Goa devient alors un des états de l'union indienne, menacé de désintégration pendant longtemps para l'Etat hindou voisin du Maharastra (Bombay), qui souhaite l'absorber. Il ne connaît qu'une faible évolution économique jusqu'aux années 1980, et s'endort dans une lente somnolence dont l'industrie touristique l'a violemment réveillé depuis. Paradis des hippies dans les années 1970 et 1980, rendez-vous des toxicomanes chic de la planète, détentrice d'un considérable patrimoine architectural colonial, ainsi que d'une centaine de kilomètres de côtes paradisiaques, Goa est en passe de devenir le Saint Tropez de l'Inde après avoir pendant des siècles brigué le rôle de Rome. Mais l'équilibre reste fragile et le patrimoine menacé d'abandon, voire de destruction par la majorité extremiste hindoue actuellement au pouvoir.

Bibliographie de base sur Goa

-  Sanjay Subramanyam, L'empire portugais d'Asie (1500-1700), ed Maisonneuve et Larose

Geneviève Bouchon : Afonso de Albuquerque, ed. Desjonquières

-  Goa 1510- 1685, Revue Autrement

-  Charles Dellon, Relation de l'Inquisition de Goa, ed. Chandeigne

-  Helder Caritas, Les palais de Goa, ed. Chandeigne

-  Catarina Madeira Santos, Goa é a chave de toda a Índia, Lisbonne, ed. CNDP

-  Maria de Jesus de Matos, Goa setecentista, Lisbonne, ed. Universidade Católica Portuguesa

 

index

Juan Ponce de Léon

Francis Drake

DUMONT DIRVILLE

caraques

LES caravelleS

ESCLAVAGE

Église de la Réforme

EXPLORATEURS ET CONQUERANTS

Photothèque  exposition photo

François Ier

Martin Frobisher

Georges JEHEL

Ernestine Carreira

Les grandes découvertes

Page d'accueil

Juan Diaz de Solis

La découverte et l

LA PÉROUSE

Léon l

Jean LESSEPS

MAGELLAN

Fernand de Magellan

Marquette

La thalassocratie phénicienne

ODYSEE DE LA MER

Ojeda

Orellana

Ortelius

Vincente Yamez Pinzon

Le début du XVIe siècle fut marqué pour le Portugal ..

Gaspar Corte Real

ESPAGNE

Juan Diaz de Solis

Vasco de Gama

En Avril 1524

Giovanni da Verrazzano 1485

Verrazzano page 2