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IL Y A DEUX CENTS ANS,
BORY DE SAINT-VINCENT A LA REUNION
Nicole CRESTEY

     

1 Introduction :                    

Que nous reste-t-il , aujourd’hui, du passage de Bory de Saint-Vincent à la Réunion, il y a deux cents ans ? Il est absent des noms propres du Petit Larousse,  de l’Encyclopedia Universalis. Un cratère, un piton, des rues, un collège portent son nom à la Réunion. Une gloire locale ?  Même pas : il suffit de voir la graphie fantaisiste de son nom sur les plaques. Il avait été oublié dans le tome 1  du dictionnaire bibliographique de la Réunion  et dans « l’ Album de la Réunion » d’Antoine Roussin, s’il est cité à plusieurs reprises, aucune notice ne lui est consacrée. Dans l’Encyclopédie Larousse du XXème siècle en 10 volumes, il y a quelques lignes mais beaucoup d’inexactitudes. Il nous a pourtant laissé son :                                                          
Ses pairs, les botanistes Agardh, La Billardière et Willdenow (Species Plantarum), ont classé dans le genre Borya  plusieurs espèces d’algues. Un hibiscus endémique de la Réunion  lui a été dédié en 1824 : Hibiscus boryanus, par de Candolle. D’autres plantes, plutôt discrètes, des mousses, des fougères, des graminées et des orchidées ont également un nom d’espèce qui le célèbre.

                                                               Hibiscus boryanus    

2 L’expédition Baudin                      

 QUI EST BORY DE SAINT-VINCENT ?   Il naît à Agen en 1778 dans une famille considérée, de la bourgeoisie, du commerce et de la finance, alliée à la petite noblesse de province et ayant acquis une récente noblesse de robe. Ils habitent une grosse bâtisse,  qui existe encore rue Lalande, à Agen. Ses parents sont de grands lecteurs des encyclopédistes, adeptes du progrès. Il fréquente le collège d’Agen, puis celui de Bordeaux et après sa fermeture , c’est son oncle maternel, Bernard Journu Auber, qui se charge de son éducation. Ce riche armateur, passionné d’histoire naturelle, habite un somptueux hôtel particulier, qui existe encore, 55, cours Georges Clemenceau, où il possède  une riche collection de documents et d’échantillons de plantes, d’animaux et de minéraux que les capitaines de ses navires lui rapportent du monde entier. Cet homme cultivé du siècle des lumières en fera don au Muséum de Bordeaux où l’on peut encore les admirer. Il aura une influence prépondérante sur le développement de la personnalité de son neveu. Lacépède, né lui aussi à Agen, fréquente Journu Auber. Il est déjà très célèbre. C’est un ancien élève de Buffon. Il se prend d’affection pour Bory de Saint-Vincent et a, lui aussi, une très grande influence sur son orientation scientifique. Toute sa vie, il lui servira de conseiller et de protecteur. Pendant la Terreur, l’oncle et le père de Bory de Saint-Vincent sont emprisonnés. Il se réfugie dans les Landes où il étudie les insectes et commence un herbier. C’est un marcheur infatigable. A 18 ans, il a lu et assimilé l’œuvre de Buffon, de Linné et de Jussieu et il peut confronter ces travaux avec ses propres recherches. Il publie sur les conferves (algues vertes filamenteuses) et la mise en valeur des Landes. A 19 ans, il s’engage dans l’armée comme médecin aide major. Il combat en Vendée avant d’assurer le commandement d’un détachement affecté à la garde du fort de Belle-Ile-en-Mer. Sur recommandation de Lacépède, il est nommé botaniste de l’expédition Baudin. Il a alors 22 ans. Après un court séjour à Paris aux côtés de Lacépède , il quitte Paris le  1er octobre

2.1 La campagne d’Egypte (1798-1801).           
En 1798, Napoléon Bonaparte adjoint un bataillon de 149 scientifiques à l’armée d’Egypte. Le mathématicien Gaspard Monge et le chimiste  Claude Louis Berthollet en sont responsables. Ces scientifiques sont surtout des ingénieurs, fraîchement diplômés, ou même encore étudiants de l’Ecole Polytechnique qui vient d’être fondée (en 1794). Il y a aussi 12 naturalistes (c’est le deuxième contingent après les ingénieurs),  dont  le zoologiste Etienne Geoffroy de Saint-Hilaire et le minéralogiste Dolomieu, et des médecins. Le rassemblement systématique de données scientifiques sera une caractéristique du régime napoléonien. Contrairement au colonialisme marchand qui a précédé, l’occupation de l’Egypte comporte une dimension culturelle. Ni les Britanniques en Inde, ni les Hollandais en Indonésie, ni les Espagnols et les Portugais en Amérique, aucun des impérialismes antérieurs n’a rien tenté de ce genre.       

2.2 Nicolas Baudin.            
Nicolas Baudin est né en 1754 à l’île de Ré. En 1786, il est sous-lieutenant mais, dégoûté par sa situation dans la marine française, il pose sa candidature lorsque Joseph II, empereur d’Autriche, ayant décidé de réorganiser sa marine, recherche des officiers. Il quitte la Royale et de 1786 à 1789, Baudin effectue, aux frais de l’Empereur, un fructueux voyage dans l’Océan Indien, d’où il rapporta une imposante collection de botanique qui contribua à embellir le jardin impérial de Schönbrunn. Le successeur de Joseph II, Léopold II, conserve à Baudin toute sa confiance. Il le charge, en 1793, d’une nouvelle expédition en Chine, dans les îles de la Sonde, l’Inde et le Cap de Bonne Espérance,  sur la frégate La Jardinière. Mais, entre temps, la France a déclaré la guerre à l’Autriche. Baudin abandonne La Jardinière et ses collections et s’embarque pour Le Havre. Un an après, il se rend aux Antilles pour récupérer la collection constituée aux frais de Léopold II. Il revient avec le trésor autrichien auquel se sont ajoutées de nouvelles récoltes faites à Ténériffe, à Porto Rico ,à Trinidad, … Il en fait don à l’ex Jardin du Roi, devenu,  en 1793, le Muséum d’Histoire Naturelle. Son directeur, A. L. de Jussieu déclare : «  Jamais il n’avait été rapporté en Europe des collections aussi considérables, en pleine végétation et aussi bien choisies. ». La cargaison est, effectivement si riche qu’il faut construire une serre supplémentaire – la serre Baudin – pour abriter les plantes rapportées par Baudin. Il est proclamé comme le plus grand navigateur et le plus grand naturaliste de tous les temps. Il est promu capitaine de vaisseau. Bonaparte ne jure que par lui. Baudin profite de sa notoriété et de la situation géopolitique de l’époque : En 1787, les Britanniques ont fondé leur première colonie en Nouvelle Hollande (Australie) : la Nouvelle Galles du Sud. L’exploration détaillée du sud de la Terre de Van Diemen (Tasmanie), par d’Entrecasteaux, aurait pu permettre aux Français de s’établir dans cette île et de contrôler ainsi la route des Anglais vers Port Jackson (Sydney), c’est-à-dire menacer leur colonie de Nouvelle Galles du Sud. Malheureusement pour la France, les troubles de la Révolution ont arrêté net toute entreprise et les Anglais n’ont pas perdu leur temps. Ils préparent une nouvelle expédition en 1800 et les Français le savent.

Nicolas Baudin


Grisé par son succès, Baudin conçoit le projet de reconnaître le littoral sud, encore inconnu, de la Nouvelle Hollande et aussi d’effectuer un vaste périple à travers le Pacifique où il escompte découvrir d’autres îles jusqu’au côtes de l’Amérique du Sud.
                                                                         

2.3 Une organisation prestigieuse.    
Dès que l’ordre intérieur est rétabli, le Premier Consul qui a envie de savoir à quoi ressemblent les antipodes et qui veut des cartes, s’empresse d’organiser un voyage maritime destiné à prendre pied sur les côtes encore inexplorées de la Nouvelle Hollande, face à la Grande Bretagne, avec laquelle on est encore en guerre. La mission, qui est naturellement confiée à Baudin, n’a pas, officiellement du moins, de but politique. D’abord inquiets, mais vite rassurés, les Britanniques décident que l’expédition française sera non seulement tolérée mais, le cas échéant, assistée et secourue. Il ne s’agissait donc que d’une mission scientifique, et Bonaparte qui, trois ans plus tôt , avait associé les sciences à l’expédition d’Egypte, veut donner à cette expédition toutes les chances de succès. La commission de l’Institut de France réunie par Bonaparte, où siégeaient, à côté de Bougainville, alors âgé de 71 ans, les zoologistes Lacépède et Cuvier et le botaniste Jussieu, restreignent le projet initial de Baudin à la seule Nouvelle Hollande : «  l’objet que le gouvernement s’est proposé a été de faire reconnaître avec détails les côtes du sud-ouest, de l’ouest, du nord-ouest et du nord de la Nouvelle Hollande, dont quelques-unes nous sont encore inconnues et d’autres connues imparfaitement… En réunissant ce travail qui se fera sur cette partie, à celui des navigateurs anglais, nous parviendrons à connaître le littoral de cette grande île australe. ». On se demande encore si le cinquième continent n’est pas coupé en deux, à peu près vers le milieu, un large détroit faisant communiquer l’échancrure profonde de la côte sud avec le golfe de Carpentarie au nord. Dans le port du Havre, on arme deux navires, une corvette de 350 tonneaux et 30 canons, Le Géographe, et une grosse et forte gabare, Le Naturaliste.  Les noms donnés aux deux navires confirment les objectifs scientifiques de l’expédition.


Le Géographe et Le Naturaliste
.        

                                         
Baudin commande Le Géographe tandis que Le Naturaliste est confié au capitaine de frégate  Emmanuel Hamelin, héros de la lutte contre la marine britannique. Les officiers sont choisis au sein de l’élite. Parmi eux, on distingue les deux frères Freycinet, enseignes de vaisseau âgés de 23 et 21 ans. Parmi les aspirants se trouve un jeune homme de 17 ans, Hyacinthe de Bougainville, le fils aîné du célèbre navigateur. Par une coïncidence curieuse, il y a, à bord du Géographe, trois Baudin sans lien de parenté.    Dans le plus pur style bonapartien, on va entasser vingt-quatre savants sur ces bateaux. Ils ont été proposés par l’Institut et désignés par le Premier consul lui-même. C’est l’équipe scientifique la plus importante qui ait été rassemblée pour un voyage maritime. Elle comprend des astronomes (Frédéric de Bissy, Pierre-François Bernier), des géographes (Charles Pierre Boulanger, Faure), des minéralogistes (Charles Bailly, Louis Depuch), des botanistes (Léchenault de la Tour, Bory de Saint-Vincent, Anselme Riedlay, Jacques Deslisses et André Michaux), des zoologistes (René Maugé, Vilain, Désiré Dumont et François Péron), des jardiniers ( Antoine Sautier, Antoine Guichenault) et des peintres et dessinateurs (Charles-Alexandre Lesueur, Nicolas Martin Petit, Jacques Milbert, Lois Lebrun, Michel Garnier). En tout il y a une centaine d’hommes sur Le Géographe et une dizaine de moins sur Le Naturaliste.

                        La composition des Etats-Majors.

On a déjà vu avec l’expédition d’Egypte que le futur empereur ne faisait pas les choses à moitié. Les deux bateaux sont très bien équipés. Une partie des cales a été spécialement aménagée non seulement pour y entretenir des plantes vivantes emportées de France, mais pour y préparer les semis des graines récoltées au cours du voyage. Sur les ordres de Bonaparte tout est prévu pour assurer la bonne santé de l’équipage : les cales regorgent d’approvisionnements et de rafraîchissements soigneusement choisis, des appareils distillateurs se trouvent à bord de chacun des vaisseaux. Des instructions sanitaires complètes ont été rédigées spécialement par le premier médecin de la Marine, Kéraudren. L’expédition est munie de passeports délivrés par tous les gouvernements d’Europe. Elle dispose de crédits illimités ouverts dans les principaux établissements européens en Afrique et en Asie. On est si sûr de sa réussite qu’une médaille nationale est frappée d’avance par la Monnaie.  C’est le premier automne du siècle. Cela commence par un festin. On jure : « union entre les officiers et les savants … Tous ceux qui se désuniront seront punis du mépris des autres. ».Salués par une fanfare militaire et des salves d’artillerie, Le Géographe et Le Naturaliste quittent Le Havre le 19 octobre 1800. Du 1er au 13 novembre, les deux bâtiments font leur première escale aux Canaries.

2-4 Une ambiance  conflictuelle.  
En fait si on a atteint les Canaries sans encombre, dès le départ la mauvaise entente règne à bord . Le commandant, c’est le moins que l’on puisse dire, ne se montre pas tendre envers les savants. Ils sont nombreux. Les représentants de chaque discipline sont au moins deux, sinon trois, de manière à prévenir toute  défaillance. Baudin s’en inquiète : «  Le nombre des sujets m’en parut beaucoup trop considérable et je fis même à cet égard quelques objections : mais elles furent sans effet. ». Il s’agit le plus souvent de jeunes gens enthousiastes et curieux, remarquables par l’étendue de leurs connaissances, mais peu capables de se plier à la discipline du bord et qui, très vite se sont trouvés en conflit avec un commandant dur et autoritaire. Baudin est un loup de mer orgueilleux, maître et esclave de la consigne, et qui ne badine pas avec l’horaire de marche, lequel, évidemment s’accorde mal avec les nécessités de l’observation scientifique. Même à terre, Baudin prétend réglementer, limiter  les sorties Or les jeunes savants entendent bien mener leurs recherches à leur guise. De plus ils sont nombreux, ils se sentent en force et n’ont nullement envie de se laisser brimer par un marin. Enfin, lorsque Péron et Bory de Saint-Vincent, les premiers, se mettent à formuler des critiques envers Baudin, certains officiers et une partie de l’équipage se rangent de leur côté. De plus, au nombre des savants figurent quatre des anciens compagnons de la dernière expédition de Baudin : l’astronome Bernier, le zoologiste Maugé, l’aide-naturaliste Vilain et le jardinier Riedlay. Baudin fait nettement  preuve de favoritisme à leur égard, dès l’escale des Canaries.  Ils s’en sont donnés à cœur joie . A ce sujet, le peintre Milbert écrit : « Nous vîmes venir à nous, au travers de ces charmantes solitudes, le bon M. Riedlé, jardinier en chef de notre expédition ; il était accablé sous le poids de son ample récolte : il la déposa près de nous et étala glorieusement toutes ses richesses. » Peu après parut  le zoologiste Stanislas Levillain : « Son chapeau tout couvert d’insectes enfilés avec des épingles lui donnait un air assez comique : sa boîte en était pareillement bien garnie. » ; Tous deux  ont pu confier leur abondante récolte pour le Muséum à un bâtiment espagnol qui retournait à Cadix. Tandis que Bory de Saint-Vincent, amer,  écrit : « Un voyageur, quand il a demeuré onze jours  à Ténériffe, doit trembler en avouant qu’il n’a pas visité ce qu’il y a de plus remarquable dans l’île ; mais  des raisons qui, quoique je ne croie pas devoir les déduire, n’en sont pas moins puissantes, m’empêchaient  d’entreprendre beaucoup de choses que j’eusse désirées. Des considérations invincibles m’arrêtèrent dans des projets bien dignes du début d’un voyage de découvertes ; et par la suite de ces considérations, les derniers jours de notre relâche furent à peu près perdus pour moi. Je ne pus me permettre de faire des excursions dans le pays, ni de m’éloigner du bord : on nous parlait sans cesse de départ ; c’était toujours l’après-dîner ou le lendemain matin qu’on devait mettre à la voile, ou bien il n’y avait pas de canots, ou, etc. etc. etc. Le commandant fit d’ailleurs entendre qu’il regardait comme inutile tout ce qu’on pouvait faire pour la science dans un pays qui, selon lui, était parfaitement connu. ».  Baudin le confirme dans son journal : « Comme les lieux qu’ils ont parcourus sont déjà très connus, les remarques qu’ils ont pu faire ne sont utiles que pour eux… »

2-5 Une logistique défaillante     
Dès le départ, Bory de Saint-Vincent est contrarié : « Je ne pus recevoir une caisse de livres que M. de Lacépède avait eu la complaisance de m’adresser ; ces livres m’auraient été d’autant plus utiles, que la bibliothèque des corvettes était une dérision. Excepté quelques bons voyages, la treizième édition du Systema Naturae, le Genera Plantarum, de M. de Jussieu, les ouvrages de MM. Ventenat et Lacépède, il n’y avait pas un seul livre qui pût nous être de quelqu’utilité : je ne sais, en vérité, qui avait pu faire un pareil choix. A la place du Dictionnaire de Trévoux, de l’ancienne Encyclopédie, des Mémoires de Réaumur, … il eût beaucoup mieux valu nous donner Kaempher, Bloch, Fabricius, Swartz, Burman, Plumier, Rumph, Rheede, l’Encyclopédie Méthodique, etc. ».   Plus grave : Baudin commet une erreur de navigation. Au lieu de prendre le large, il longe les côtes de l’Afrique. Cela vaut à tout le monde 145 jours, près de 5 mois, de navigation épuisante, exaspérante pour gagner l’Ile de France. Tantôt on est immobilisé par les calmes équatoriaux, tantôt assailli par de violentes tempêtes. Milbert note : «  Entourés de toutes parts d’un fluide qu’on peut comparer  à un vaste étang d’huile, réfléchissant la couleur d’un ciel gris voilé jusqu’aux bornes de l’horizon, on n’est tiré de ses sombres rêveries que par la houle qui soulève lourdement le navire, et le fait tourner sur lui-même dans tous les sens sans qu’il soit possible de lui donner la moindre direction. ». Les réserves de vivres s’épuisent. Le scorbut rôde. Bory de Saint-Vincent en ressent les premières attaques. Les civils se découragent. La tension monte. Pour passer le temps, on écrit beaucoup à bord du navire, généralement pas pour célébrer le commandant.    La responsabilité de Baudin est manifeste. Lors de son second voyage déjà, en 1773, James Cook, avait mis fin au mythe des expéditions maritimes meurtrières. Il avait vaincu le scorbut en chargeant ses cales de fruits et de légumes et n’avait eu aucun mort à déplorer.   

Les itinéraires aller (départ du Havre) et retour (arrivée à Bordeaux) de Bory de Saint-Vincent.                                 

Nouveau contretemps à l’Ile de France où l’on arrive enfin le 15 mars 1801 : le troisième vaisseau promis, qui devait se joindre à l’expédition, ne l’attend pas à cette escale. La mission n’est pas bien accueillie. L’île de France craint d’être obligée de libérer ses esclaves. Le commandant s’étant pris de querelle avec l’ordonnateur local qui devait procurer les vivres, le ravitaillement est insuffisant. Au moment de partir, certains – Bory de Saint-Vincent, Milbert et André Michaux – qui estiment que l’expédition ne pourra mener à rien tant qu’elle sera sous les ordres de Baudin, décident de rester. C’est une désertion massive : quarante hommes refusent de continuer le voyage. Il y a parmi eux plusieurs officiers : deux des trois lieutenants du Géographe et un des deux lieutenants du Naturaliste. Une partie importante des membres de l’équipe scientifique reste également à l’Ile de France, les uns étant malades, les autres ne pouvant plus supporter l’autoritarisme de Baudin. Restent à l’Ile de France, le 25 avril 1801,  l’astronome Frédéric de Bissy, les botanistes André Michaux, Jacques Delisle et Bory de Saint-Vincent, le zoologiste Désiré Dumont et les peintres Jacques Milbert , Louis Lebrun et Garnier. Il est très possible que le gouverneur de l’île de France ait tout fait pour tenter de retenir  Le Géographe et Le Naturaliste afin d’avoir des bateaux supplémentaires en cas d’attaque anglaise.   Bien que médecin militaire, Bory de Saint-Vincent n’émet pas un diagnostic catégorique de ses problèmes de santé : « Soit que le roulis, qui ne me causait pas d’angoisses, m’éprouvât d’une autre manière, ou que la vie sédentaire que nous menions fût absolument contraire à mon tempérament ; soit encore que l’air salin et humide de la mer que nous respirions depuis si longtemps, me fût nuisible, ou enfin que le peu de mauvaises nourritures qu’on nous servait à déjeuner et à dîner m’eussent affecté de scorbut, je ne dormais plus : j’éprouvais une pesanteur dans les jambes, accompagnée d’une enflure très remarquable, surtout le soir ; une toux presque continuelle et une maigreur vraiment extraordinaire m’étaient des signes alarmants d’un grand délabrement de santé. ».  Au moment de se rembarquer, il rapporte : «  Cependant la mauvaise santé de Dumont, de Garnier, de Gickel, de Bony, de Capmartin, de Baudin et de Milbert, nous faisait craindre de les voir se séparer de nous. Deslisses et moi, encore plus malades, étions incertains sur le parti que nous aurions à prendre, au moment de nous rembarquer. .. Péron, Milius, Bernier et Faure étaient aussi à l’hôpital. » C’est une véritable hécatombe !

3 BORY DE SAINT-VINCENT  

Malgré le respect que lui impose sa jeunesse, le sentiment de vivre une expérience extraordinaire et au mépris de tous les règlements militaires, Bory de Saint-Vincent a été parmi les premiers à réagir contre Baudin. On ne peut que faire l’éloge de sa désobéissance. C’était, en fait, sage prévoyance, pressentiment avisé. Des quatre anciens compagnons de Baudin, aveuglés par leur fidélité,  manquant d’esprit critique, aucun n’a revu la France. Le zoologiste Maugé, avant de mourir le 21 février 1802, écrit à Baudin : «  C’est pour vous avoir été trop attaché que je meurs et que j’ai méprisé les conseils de mes amis, mais, au moins, souvenez-vous de moi, en récompense du sacrifice que je vous ai fait. ». Des 24 scientifiques embarqués, seuls 6 ont revu la France et encore 2 sont morts peu après leur retour des suites du voyage.   Heureusement, avec la protection du gouverneur de l’Ile de France, Magallon de la Morlière, qui apprécie  les passagers et les officiers de l’expédition, Bory de Saint-Vincent réussit à se faire attacher à son état major et, le 23 mai, se fait confier une mission de découverte de l’île de la Réunion..   Qui était  ce Bory de Saint-Vincent  lorsqu’il a été désigné comme botaniste de l’expédition Baudin ?

3-2   LE VOYAGE DANS LES QUATRE ILES PRINCIPALES DES MERS D’AFRIQUE 
C’est « la relation d’un voyage dont l’agriculture, l’histoire naturelle, un peu de géographie et des considérations commerciales remplissent presque tout le fond. » C’est le rapport de mission d’un militaire : « L’auteur de cet ouvrage (…) veut seulement s’acquitter d’un devoir. Envoyé par le gouvernement, il lui a dû compte de ce qu’il a cherché à faire pour le progrès des sciences ». Au XVIIIème siècle, les voyages de circumnavigation ont étendu au monde entier le champ de l’histoire naturelle. Les naturalistes qui prennent part à ces voyages ont à cœur de compléter les travaux de Linné et de Buffon qui viennent d’être publiés et de combler leurs vides. Les nouvelles éditions enregistrent au fur et à mesure les découvertes, résolvent les questions nouvelles, permettent de plus vastes synthèses et  se succèdent à un rythme rapide dans les dernières années. Zoologie et botanique connaissent alors, même dans le grand public, un succès sans précédent.           
C’est dans cette lignée que s’inscrit Bory de Saint-Vincent. Malheureusement ses bagages sont légers et il n’a pas de bibliothèque pour lui permettre la consultation d’auteurs, mais il a une excellente mémoire.58 planches illustrent l’ouvrage. Elles sont dessinée par Bory de Saint-Vincent, reprennent une partie des œuvres de Jean Joseph Patu de Rosemont publiées en 1792 sous le titre « Bourbon pittoresque ». Patu de Rosemont, arrivé en 1788 à la Réunion, est un voisin de Joseph Hubert. Parmi ces planches se trouvent des cartes, dont la première quelque peu détaillée de l’île, « à une échelle double au moins de toutes celles qui ont été faites, et sextuple des plus grandes qui aient été gravées », qui a été faite en collaboration avec l’ingénieur Chisny pour les littoraux ( « Par les soins de M.Chisny, ingénieur, les côtes et leurs détails ont enfin été relevés d’une manière assez exacte ») et d’après la carte de Lislet Geoffroy  publiée en 1797 pour le dessin des montagnes.  Les 15 planches de botanique sont signées Poiteau.        

         
Carte de Lislet-Geoffroy

C’est un reportage complet, précis et c’est le premier qui soit consacré à l’île de la Réunion. Le livre obtient un franc succès du public et Bonaparte le remarque. Bory de Saint-Vincent lui doit sa nomination de membre correspondant de l’Académie des Sciences le 20 juin 1808. En 1895, le botaniste E. Jacob de Cordemoy écrit : «  Cet ouvrage dénote chez ce naturaliste de 22 ans une perspicacité, une justesse de vue peu communes . Ses aperçus sur la formation de l’île, sur les caractères de sa flore, sont vraiment remarquables. Ce livre doit être lu par toute personne qui s’occupe de l’histoire naturelle des Mascareignes  ».                                                                    

3-3 BORY DE SAINT-VINCENT A LA REUNIONIl arrive dans l’île le 12 août 1801. Il quitte la Réunion le 6 décembre 1801, soit un peu moins de 4 mois plus tard. Le « Voyage dans les quatre principales îles des mers d’Afrique » est un véritable journal de son séjour à la Réunion. La table des chapitres de chacun des 3 volumes est éloquente. 17 chapitres sur un total de 25 sont consacrés à la Réunion.

         

Le Général Jacob était alors gouverneur. Bory de Saint-Vincent a rencontré à Saint-Benoît Joseph Hubert qui avait alors 55 ans, était membre correspondant de l’Académie des Sciences et avait fait l’une des premières excursions au Piton de la Fournaise en compagnie de Commerson en 1771. Il est difficile d’imaginer que Bory de Saint-Vincent a fait un tel périple avec les moyens de locomotion de l’époque, l’absence de sentiers pour aller au Volcan et au Piton des Neiges, et autant rédigé alors qu’il n’avait pas de documentation et que les communications étaient si difficiles.

3-4 UNE CULTURE SCIENTIFIQUE ETONNANTE           
Dans la bibliothèque des corvettes, Bory de Saint-Vincent a trouvé « quelques bons voyages ». On peut supposer qu’il s’agit, puisqu’il les cite, de :
«  Histoire de la Grande Ile de Madagascar » de Flacourt (1658).    
«  Aventures aux Mascareignes » de François Leguat (1707).            
L’abbé de Lacaille 1713-1762) est cité.            
Manuscrit de Donnelet (1760) :«  Le premier voyage que je sache avoir été entrepris pour visiter la Montagne ardente, le fut en 1760 par le sieur Donnlet, habitant du pays ; et ce que j’en sais, je l’ai trouvé dans un petit manuscrit de 28 pages in-18, que M. Faujas acheta par hasard sur un quai de Paris, et qu’il a bien voulu me communiquer. »            
Relation de l’expédition, en 1761, de Guy Alexandre Pingré et de Borda pour l’observation du passage de Vénus devant le Soleil à l’île Rodrigues.                     
Les notes de Aubert Dupetit Thouars, qui a visité Maurice, Madagascar et la Réunion surtout, entre 1795 et 1799, car ses ouvrages ont été publiés ultérieurement.           
Les voyages de Cook.           
Les notes de Commerson, mort en 1773, sans avoir rien publié. Son herbier, le plus considérable qu’on n'ait encore jamais vu, ses notes, ses descriptions, ses dessins se trouvent aujourd’hui au Muséum. Bory de Saint-Vincent se réfère à «… un dessin de Commerson que  j’ai sous la main… »Il met cependant le doigt sur les lacunes de sa documentation : « le voyageur errant sur le globe, où il se transporte de contrées en contrées, et qui cherche à lire dans la nature même, en comparant ses productions sur les lieux où elle les prodigue, ne peut, pendant ses excursions lointaines, se tenir au courant des découvertes que font les savants sédentaires de l’Europe ». Ceci ne l’a cependant pas empêché d’être un esprit universel, ouvert à tout : médecin militaire, botaniste officiel  de l’expédition, il s’est intéressé en outre à l’astronomie, la cartographie, la géologie, la minéralogie, la volcanologie, la zoologie, le dessin, la géographie …Il s’est passionné pour les mesures à l’aide de thermomètres, baromètres.            
A son arrivée à l’Ile de France, la quarantaine est de rigueur, car il y a eu une épidémie de variole 15 ans auparavant. Il s’étonne que la vaccination, découverte par Jenner en 1796, n’ait pas été rendue obligatoire : « Si les habitants entendaient à cet égard leurs véritables intérêts, ils profiteraient de la découverte importante de la vaccine pour inoculer tous les noirs et les blancs qui ont échappé à la dernière épidémie, ou qui sont nés depuis ce temps ; »               
Même s’il n’a pas séjourné longtemps à Paris, seul véritable centre intellectuel de l’époque, il a bien mémorisé les ouvrages de références qu’il a étudiés chez son oncle et qu’il a retrouvés sur Le Naturaliste : la 13ème édition du Systema Naturae  de Linné, le Genera Plantarum de Jussieu, l’ Anatomie comparée de Lacépède. Pendant son voyage,il correspond sans doute avec ce dernier qui peut ainsi publier en 1802 sur les poissons d’eau douce de la Réunion. Son ami Péron est un élève de Cuvier. On verra qu’il a tout un réseau de correspondants. C’était un esprit très ouvert qui met à profit tous ses échanges avec les personnes ressources qu’il rencontre.            
Sa mission est essentiellement d’herboriser et de décrire. Comme on l’a vu, il s’agit pour lui de compléter les ouvrages de Linné et de Jussieu qui font autorité. En géologie, la période est à la polémique, les esprits s’affrontent. Comment Bory de Saint-Vincent se situe-t-il ?            
Dès l’Antiquité, les philosophes ont cherché à expliquer les phénomènes géologiques qui affectent le bassin méditerranéen. Ils pensent que des ouragans souterrains font vibrer les parois de cavités et provoquent des feux de matières inflammables. Le terme de basalte a été créé par Pline l’Ancien. La géologie est alors spéculation pure, affaire de philosophes. Au Moyen-Age, on néglige les volcans. Le savoir se cantonne dans les monastères. L’invention de l’imprimerie va permettre de redécouvrir les textes de l’Antiquité mais ceux-ci doivent respecter les notions d’enfer et de déluge. Au XVII et XVIIIèmes siècles, la géologie quitte le domaine des opinions pour celui des sciences. Tout d’abord, au dogme de l’église on cherche à opposer un autre dogme. L’interprétation de l’histoire de la Terre est retirée aux religieux. Le géologue ne réfléchit plus dans sa chambre sur la formation de la Terre, il doit aller sur le terrain. Et le terrain est de plus en plus vaste :  Bougainville effectue le tour du monde  de 1766 à 1769, Cook découvre Hawaii et ses volcans en 1779 … Pour les neptunistes, toutes les roches, y compris le basalte se sont formées dans les mers. A la suite des travaux de Lavoisier, on est convaincu que les volcans sont dus à des feux de charbon ou de graisse d’animaux enfouis dans les sédiments. Le volcanisme et les séismes sont des phénomènes superficiels. La prismation des basaltes serait due à une dessiccation, comme les craquelures de la boue qui sèche. Pour les plutonistes, il n’y a pas de feux souterrains. Les volcans sont en communication avec le noyau terrestre en fusion.La chaleur interne est périodiquement évacuée par les éruptions. Les roches volcaniques sont le résultat d’une fusion et non d’une combustion. La fin du XVIIIème siècle voit la victoire des plutonistes.            
Bory de Saint-Vincent est en avance sur son temps. Il faut dire que la nature volcanique de la Réunion est connue depuis le début de son occupation  par les Européens tandis que ce n’est que le 10 mai 1752 que Guettard annonce à l’Académie des Sciences que les montagnes d’Auvergne sont des volcans éteints. Guettard n’a jamais vu de volcan, mais il a examiné des laves du Vésuve et de l’Ile Bourbon dans le cabinet d’histoire naturelle du Duc d’Orléans dont il est le conservateur. Grâce à la collaboration de personnes cultivées, férues d’histoire naturelle telles son ami Joseph Hubert et le capitaine Bert,  Bory de Saint-Vincent a pu reconstituer l’histoire du Piton de la Fournaise. Il a la chance d’assister à deux reprises, à une éruption dans le cratère sommital avec lac de lave et émission d’une grande coulée qui atteint la mer, qui a duré du 27 octobre à novembre1801. Il décrit tout en détail. Rien ne lui échappe : les différentes sortes de coulées, les roches avec ou sans olivine, les tunnels sous-laviques et même les fils de verre volcaniques que, cinquante ans plus tard, on appellera « cheveux de Pélé » à Hawaii … Et il apporte une explication exacte de tous ces phénomènes. Aux principaux cratères du Piton de la Fournaise, il donne les noms d’illustres savants de son temps :            
  Dolomieu, célèbre minéralogiste dauphinois, étudie les roches basaltiques du Portugal en 1778. Il multiplie ensuite les voyages sur le terrain : Sicile, Pyrénées en 1782, île d’Elbe, Corse et Alpes en 1789, qui lui permettent d’accumuler une impressionnante collection de minéraux. En 1798, il se joint à l’expédition d’Egypte. Ses études et observations sur les substances volcaniques lui ont valu la célébrité. Ses travaux portent également sur les tremblements de terre, l’interprétation de l’évolution géologique de la Terre. En 1798, il affirme que les laves proviennent d’un amas de matière pâteuse et visqueuse situé sous l’écorce consolidée du globe. Pour la première fois, le volcanisme est relié à l’intérieur du globe. Il meurt en 1801.   Il a nommé de nombreux pitons en honorant ainsi les sommités géologiques de son temps :             
Faujas de Saint-Fond  est le premier titulaire de la chaire de géologie du Muséum d’histoire naturelle créé par le décret du 10 juin 1793 en remplacement du Jardin du Roi. Douze cours y sont institués qui donnent au Muséum des activités de recherche bien structurées. Faujas est l’auteur de l’un des premiers traités sur les volcans. Il y affirme l’origine ignée du basalte.           
Haüy  a fondé la cristallographie et inventé la notion d’unité de plan, notion féconde qui sera reprise en anatomie comparée. 
Lislet Geoffroy.             
Bert.           
Commerson.             
Ramond.                          
Chisny.            
Joseph Hubert.
Dupetit Thouars.             
Il ne s’oublie pas avec le cratère sommital Bory !            
Pendant plus d’un siècle ses travaux feront autorité. Il a ouvert la voie de la recherche scientifique à la Fournaise. Il a finalement laissé plus de souvenirs à la Réunion comme géologue que comme botaniste, car la plupart des noms qu’il a donnés sont encore en vigueur. Le nom de la Plaine des Osmondes (et non des Ossements !) lui est dû aussi. En réalité, s’il y a bien des Osmondes à la Réunion à la Plaine des Palmistes  où elles sont actuellement très menacées par l’urbanisme, il n’y en a pas dans l’Enclos. Ce qu’il a pris pour des Osmondes sont en réalité des Blechnum, mais le nom est resté.   

4 CONCLUSION           
A son retour en juillet 1802, il est accueilli avec bienveillance par Bonaparte. Il reprend  immédiatement  sa carrière militaire à tel point qu’il doit même confier l’édition du « Voyage » à son ami Dufour. Tout en participant aux principales campagnes de Bonaparte et au hasard de ses déplacements en Europe, il poursuit ses recherches de botanique et de cartographie, réalise des croquis, dresse des plans, constitue des herbiers. Il reçoit les honneurs, doit s’exiler pour raisons politiques, fait de la prison pour dettes, est élu député, a de nombreuses liaisons, publie ses travaux... Il meurt le 22 décembre 1846 de problèmes cardiaques.  Son herbier est vendu. Les Fougères et les Champignons iront au Muséum où ils se trouvent encore.           
Jusqu’à la fin de sa vie, pourtant bien mouvementée et dans une période qui ne l’était pas moins, Bory de Saint-Vincent n’a jamais cessé de s’occuper des plantes de la Réunion, cette île qu’il a tant admirée et dont il gardait un souvenir enchanteur : « votre paradis terrestre, votre splendide mascareigne, votre délicieux pays, votre île qui m’est si chère, où j’ai passé les jours les plus heureux de ma vie » écrit-il. Et encore : « que ne donnerais-je pour une seule promenade dans vos verdoyants bassins de rivière ou sur la Plaine des Chicots ! Que vous êtes heureux de pouvoir en quelques heures,  quand la fantaisie vous en prend gravir de si beaux lieux ». Il entretenait une correspondance suivie avec  Claude Richard, directeur du Jardin botanique de Saint-Denis. En 1802 Joseph Hubert lui envoie un compte rendu de l’éruption qui s’est produite du 17 janvier au 14 avril, après son départ. En 1812, c’est un colon, du nom de Le Gentil qui lui décrit l’une des plus importantes éruptions du siècle. Bory de Saint-Vincent en fait une description devant l’Académie des Sciences.           
Bory de Saint-Vincent n’a passé que quatre mois à la Réunion, mais il y a laissé beaucoup de lui. Le « Voyage » a été un véritable best-seller à l’époque. Combien de personne a-t-il incitées à venir à la Réunion. La Réunion le lui rend-elle ? 

5   SUITE            
Suite à cette conférence donnée le 12 juin 2001 aux Amis de l’Université pour commémorer le séjour à la Réunion en 1801 de Bory de Saint-Vincent, conférence dont le texte a été mis sur le site des Amis de l’Université, j’ai eu la joie de recevoir le 25 avril 2003 un mail de Thomas Rouillard qui m’annonçait qu’on avait retrouvé, début 2001, au Muséum d’Histoire Naturelle d’Angers, un herbier de Bory de Saint-Vincent, fondu dans l’herbier général de la ville, actuellement en début d’inventaire. Cet herbier compte environ 250 boîtes de 250 planches soit environ 62500 planches au total. Les sondages effectués sur 12 boîtes montrent que les planches de Bory sur les Mascareignes représentent 12% de l’ensemble. Il y aurait donc environ 7500 planches de Bory, ce qui est considérable. Les autres herbiers auraient comparativement un nombre de planches de Bory tout à fait anecdotique (de nombreux herbiers où figure le nom de Bory ont été contactés en utilisant IPNI et Index Herbariorum). Le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris qui a des planches de Bory, n’a que des fougères de la Réunion et les planches de son expédition dans le Péloponnèse.             
L’arrivée de cet herbier à Angers est en partie mystérieuse. Bory de Saint-Vincent, mort en 1846, ne laissa que des dettes en fait d’héritage. Leur montant devait en être si élevé que ses deux filles, Clotilde et Augustine, renoncèrent à la succession. La seule chose de quelque valeur qu’il laissa fut son herbier, objet de sa fierté. Bory l’estimait à 35000 francs mais il ne fut vendu que 6000 francs  en mai 1847. C’est le docteur Camille Montagne, un ami et voisin de la famille, retraité de l’armée fréquentant les milieux savants de Paris, qui a également laissé un herbier de 60 000 cryptogames au Muséum de Paris, qui s’est chargé  de la vente. L’herbier de Bory se trouvait, on ne sait comment, dans l’herbier du Docteur de Lens, un botaniste parisien, herbier qui a été légué par son fils à la ville d’Angers dans les années 1848-1850.             
Tout ceci m’a incitée à me rendre à Angers dès le 17 juillet 2003. La ville d’Angers est depuis longtemps un pôle d’excellence en matière de botanique avec son Muséum d’Histoire Naturelle et son Musée Botanique : la Société des Botanophiles y a été fondée en 1777 et y a créé son Jardin Botanique en 1789. Alexandre Boreau (1803-1875) est nommé directeur du Jardin Botanique en 1838. C’est certainement lui qui reçut l’herbier de Bory de Saint-Vincent. En 1863, Gaston Allard (1838-1918) débute l’aménagement d’un arboretum, à la Maulévrie. En 1960, la ville d’Angers acquiert l’arboretum où elle installe le Musée botanique. Aujourd’hui l’herbier d’Angers est le 6 ou 8ème de France. Denise Moreau professeur de S.V.T. à la retraite  est le conservateur du Musée Botanique.             
L’herbier de Bory présentait une particularité : les échantillons étaient fixés sur du papier blanc, collé lui-même sur du papier rouge, le tout enfermé dans des chemises bleues. C’était un herbier « révolutionnaire ». Comme on le voit cette particularité n’a pas été conservée. De même l’étiquetage a été modifié. Les planches ont été reclassées dans l’herbier à la fin du XIXème siècle. Pour le cannelier, qui a  rajouté «  h. d. B. St. V.  » à l’encre rouge ? Et la référence au Systema Naturae dont Bory ne disposait pas sur le terrain ? Les planches ne sont pas datées et comportent la mention imprécise «  Ile de France - Ile Bourbon  ».  Heureusement, on a la possibilité de les mettre en parallèle avec son « Voyage » ce qui est rarement le cas des herbiers historiques. Par exemple Bory visite le «  Jardin national » dans le quartier des Pamplemousses. Il écrit : « Parmi le grand nombre de beaux arbres plantés dans les carrés dont le jardin est coupé, je remarquai surtout le cannelier de Ceylan, Laurus cinnamomum …» Cet échantillon aurait donc été récolté à L’île Maurice et non au Jardin de l’Etat ni chez dans le carré Poivre chez Joseph Hubert comme mentionné sur l’étiquette. Pour l’avocatier, au contraire il aurait été récolté à Saint-Denis. Bory dit  que l’ « avocayer » fait partie « des arbres d’utilité ou d’agrément les plus communs dans le quartier ».Piper hircinum, holotype de Bory de Saint-Vincent, devenu Peperomia borbonensis n’est pas cité dans le « Voyage » comme Piper trinerve. Une étiquette en français le déplore et est postérieure à l’édition 1804 du Voyage et au changement de genre en 1843. D’après la Flore des Mascareignes l’échantillon de Bory aurait été étiqueté de Maurice ! De quel échantillon s’agit-il ? Celui-ci est précisément étiqueté « Bois de Bourbon ». Bien des interrogations qui justifieraient une étude plus approfondie… au moins pour les 113 types de Bory de Saint-Vincent  recensés dans l’index de Kiew.

6  ELEMENTS DE BIBLIOGRAPHIE  

Voyage dans les quatre principales îles des mers d’Afrique BORY de SAINT-VINCENT 1804
Un destin hors série                                                          André ROLE La Pensée Universelle      1973
Bonaparte et les savants français en Egypte   Pour la Science                nov-94
La planète des fleurs Marguerite DUVAL Robert Laffont 1977
Le tour du monde des explorateurs – Les grands voyages maritimes Jacques BROSSE   Larousse 1998
Flore de l’île de la Réunion E. JACOB DE CORDEMOY 1895
Dictionnaire Biographique de la Réunion n°2   Editions CLIP 1995
L’Album de la Réunion Antoine Roussin   1860 à1869
Flore des Mascareignes             MALVACEES à  OXALIDACEES   1987
Les Feux de la Terre – Histoires de Volcans Maurice KRAFFT Gallimard 1991
Voyage de Bory de Saint-Vincent à la Réunion Albert LOUGNON   1962
Au cœur de la Fournaise          R. BENARD      M.KRAFFT NOURAULT/BENARD 1986

                                                                                                              
Nicole CRESTEY                le 28 février 2004

 

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