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Les relations de Byzance et Venise au XIème siècle |
Conférence prononcée à Brest le 15 et 16 novembre 2002 au cours du colloque sur Le livre maritime. Une bibliographie figure en fin d'article.
La naissance des premiers atlas imprimés et des premiers atlas nautiques Ce sont les nombreuses
éditions successives de la Géographie de Ptolémée qui constituent les
premiers recueils de cartes imprimés, à commencer par l’édition d’Ülm
de 1477. Mais il s’agit là pour l’essentiel de la reprise de cartes
anciennes, et l’on se contente d’en rajouter quelques nouvelles. Ainsi, c’est également en Hollande que paraissent les premiers atlas nautiques imprimés, à commencer par le célèbre Miroir de la Mer de Lucas Wagenhaer, publié à Amsterdam en 1584. Il est aussitôt l’objet de plusieurs rééditions et même d’une contrefaçon, parue à Londres en 1588 sous le nom de Mariner’s mirror. Mais c’est bien en Hollande que se multiplient les atlas nautiques au XVIIe siècle : par exemple, la Description de la mer Méditerranée de Barentzoen (dont paraît dès 1607 une traduction en français laissant à penser que l’atlas serait l’oeuvre d’un pilote français nommé Guillaume Bernard), l’Atlas marin de Colom, l’Atlas de la mer de Pieter Goos ou encore le monumental Flambeau de la Mer de Vooght. L’apparition des premiers atlas Français et les tentatives pour représenter la mer La France est plutôt à la traîne dans ce mouvement. Le premier atlas qui y est publié est le Théâtre françois de Bouguereau de 1594 . L’apparition des atlas nautiques est encore beaucoup plus tardive. On se contente pendant de longues décennies de l’édition de routiers et d’instructions nautiques. Il faut cependant noter l’existence de plusieurs atlas ayant pour objet de représenter les côtes du royaume, mais ils offrent des caractéristiques plus proches des atlas terrestres que des atlas nautiques . Il convient de citer l’atlas des Cartes de toutes les costes de France de Tassin, paru en 1634, celui des Côtes de Frances par Nicolas de Fer en 1690, issu du précédent, et enfin le recueil intitulé La carte générale et les côtes particulières de la Mer Méditerranée de Pierre Duval, publié en 1664. Contentons nous de mentionner également le célèbre Petit Flambeau de la mer du havrais Bougard, car il se rattache davantage au genre des routiers qu’à celui des atlas nautiques. Il faut cependant souligner son grand succès, attesté par quinze éditions entre 1684 et 1817, c’est-à-dire alors que sont déjà lancées les premières campagnes de levés de Beautemps-Beaupré sur les côtes de France . Le Neptune françois La parution du Neptune françois en 1693 marque une étape fondamentale. Il s’agit à la fois du premier véritable atlas nautique français et du premier atlas officiel, publié par l’Imprimerie Royale, avec le financement de l’administration de la marine. C’est aussi le premier atlas en France à utiliser systématiquement les cartes réduites aux dépens des cartes plates. Grâce aux déterminations astronomiques réalisées en 1679 et 1680 par des membres de l’Académie des Sciences, intégrées par la suite aux relevés des ingénieurs de la marine envoyés en mission par Colbert sur les côtes françaises depuis les années 1660, le Neptune françois est le premier ouvrage nautique, et l’un des premiers atlas géographiques, à faire usage des observations astronomique annonçant les débuts de la triangulation de la France . En particulier, la pointe de la Bretagne redresse la tête et reçoit enfin sa configuration moderne. Le problème reste, comme le souligne Olivier Chapuis, que la géodésie en est totalement absente . En ce qui concerne les cartes étrangères intégrées dans le Neptune françois, elles sont issues de compilations de documents publiés dans les pays en question. L’atlas offre en tout vingt-neuf cartes des côtes d’Europe, de la Norvège à Gibraltar. Paradoxalement, le Neptune françois connaît une plus grande diffusion dans la seconde moitié du XVIIIe siècle que lors des années suivant sa parution. En effet, il est mal reçu dans les années 1690, comme le note Bellin dans la préface de la réédition de 1753. Il obtient davantage de succès à l’étranger : Pierre Mortier, un Hollandais qui n’en est pas à son coup d’essai, en produit trois contrefaçons dès 1693, en français, en anglais, et en hollandais. Il n’hésite pas à attribuer facticement la version française, conçue pour être exportée dans ce pays, au célèbre éditeur Jaillot, dont la réputation à Paris est très solide . La contrefaçon est toutefois d’une valeur inférieure à l’original, tant dans la précision des cartes que dans la qualité du trait de gravure, qui souffre d’une trop grande rigidité. Le Dépôt des cartes et plans de la marine se développe dans le culte du Neptune françois et de son équivalent anglais, le Great Britain’s coasting pilot du capitaine Greenvile Collins, qui partage avec lui de nombreux caractères communs : paru à Londres la même année, aussi à l’initiative de l’Etat, il connaît une quinzaine de rééditions jusqu’en 1792 . Les atlas des pilotes méditerranéens La mauvaise réception du Neptune français s’explique sans doute en partie parce que les marins se méfient des nouveautés qui remettent en cause leurs pratiques immémoriales, aussi bien quand cela touche à la navigation qu’à la cartographie. C’est particulièrement vrai pour la représentation des côtes méditerranéennes. Plusieurs pilotes méditerranéens continuent de confectionner des cartes hydrographiques plates. Même après la publication de la carte réduite de la Méditerranée par Bellin en 1737, le ministre demande au Dépôt, sous la pression populaire, qu’en soit établie une carte plate, si bien que Bellin publie en 1745 les travaux de Grognard, pilote à Toulon, et qu’un an plus tard sont édités ceux d’Olivier, pilote issu du même port. Tous deux se sont largement inspirés des réalisations de Berthelot, professeur d’hydrographie à Marseille à la fin du siècle précédent. Il s’agit certes là plutôt de recueils de cartes, mais de véritables atlas réalisés par des pilotes méditerranéens sont publiés au XVIIIe siècle : par exemple le pilote de la Méditerranée d’Ayrouard en 1740 ou, encore en plein milieu des années 1760, le Recueil des principaux plans des ports et rades de la mer Méditerranée de Joseph Roux. Pourtant, le Portulan de la mer Méditerranée du pilote Henri Michelot, qui date de 1703, est encore réédité au début du XIXe siècle. Ceci est à rapprocher du fait que les deux atlas français du XVIIe siècle le plus longtemps réédités sont deux atlas nautiques, le Neptune français et le Petit flambeau de la mer. Les éditions successives de tels ouvrages pendant plusieurs décennies sont en réalité plus la marque d’une inertie pesante que la reconnaissance réelle de leur valeur intrinsèque. La stagnation de l’hydrographie française au XVIIIe siècle Dans les faits, un fossé existe entre l’élite hydrographique et la masse des marins . Ceux-ci ne peuvent avoir facilement accès aux atlas nautiques en raison de leur prix, de leur format et du nombre de volumes à embarquer et à consulter. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’un même ouvrage bénéficie de deux versions, l’une plus prestigieuse au format in-folio et l’autre in-quarto, pour la proposer à un tarif meilleur marché, grâce notamment à la réduction du coût du papier. Hier comme aujourd’hui, les livres de petit format se vendent plus facilement. Une bonne partie des atlas, notamment lorsqu’ils sont d’origine officielle, possèdent quelques exemplaires de luxe destinés à de grands personnages. Il faut d’ailleurs noter que si les Hollandais sont reconnus comme les grands spécialistes des atlas enluminés, les imprimeurs français, qui prétendent souvent rechigner à utiliser la couleur , s’y adonnent avec plaisir dans les atlas dédicacés. L’échec du Neptune
françois auprès du public provient en partie de son imposant format, qui a
eu des répercussions sur son prix. L’Atlantic Neptune de Wallet des Barres
dépasse tous les records en la matière, puisque certaines de ses planches,
une fois dépliées, frôlent les 2 mètres 50 sur un mètre. Même sur un bâtiment
aux dimensions importantes, l’utilisation de documents d’une telle taille
est difficile, quelle qu’en soit la qualité de lecture. Tout cela n’a guère évolué vingt ans plus tard. En 1773, alors que les montres marines ont déjà commencé à prouver leur efficacité pour le calcul des longitudes, la troisième et dernière édition du Neptune français ne bénéficie que de quelques nouveautés, dont l’une est la réalisation d’une carte générale de la Bretagne, assemblage des huit cartes particulières existantes. Les réalisations de Bellin Tout cela stigmatise la stagnation de l’hydrographie française au XVIIIe siècle. Le dépôt de la Marine se contente d’un travail de compilation, sans jamais effectuer de travaux sur le terrain. Jacques-Nicolas Bellin, hydrographe officiel de la Marine pendant de longues décennies, en est le symbole parfait. Il fait preuve d’une intense activité de compilation, attestée par les éditions à répétition de ses travaux entre 1750 et 1772. La majorité d’entre elles est financée par la Marine, qui en conserve les planches ; on peut dire qu’il règne une grande confusion des intérêts privés et publics. Bellin préside notamment à la publication des éditions successives de L’hydrographie française. Alors que la moitié des cartes composant le Neptune françois était consacrée au littoral français, L’hydrographie françoise se compose principalement de cartes représentant les côtes de pays étrangers, à une échelle assez réduite. Elle est pourtant constamment rééditée et complétée, jusqu’au début du XIXe siècle. La Marine veille spécialement à l’entretien et à la diffusion des volumes de l’Hydrographie françoise. La majorité des navigateurs leur préfèrent cependant le Petit Atlas maritime de Bellin, alors qu’il ne s’agit dans la plupart des cas que de simples copies de cartes du Neptune françois, sous forme d’extraits à la même échelle (1 : 100 000 environ). Ces cartes ne peuvent prétendre être assez sûres pour la navigation, d’autant qu’elles ne sont pas très maritimes, puisque l’échelle ne figure pas en lieues marines, mais en lieues communes. La précision en est totalement absente : cadre gradué, méridiens et parallèles manquent à l’appel, et le format extrêmement réduit des documents (21 x 32 cm en général) ne permet pas le moindre relèvement sérieux. La facilité de lecture
et de compréhension des planches de Bellin, présentées sans le moindre
texte, assurent néanmoins un grand succès à son ouvrage, riche du nombre
impressionnant de 575 cartes et plans de ports, contenus dans cinq volumes
d’un format volontairement limité. Le Petit atlas maritime de Bellin,
c’est en quelque sorte le Flambeau de la mer de l’atlas nautique. Le Neptune Oriental De leur côté, plusieurs officiers français de la Compagnie des Indes, dans la lignée d’une activité scientifique généralement – du moins jusqu’en 1770 - plus développée qu’au sein de la Marine royale, pratiquent des levés dans l’Océan Indien . A partir de 1733, l’hydrographe de la Compagnie, Jean-Baptiste d’Après de Mannevillette, amasse une grande quantité d’informations nautiques et exploite les résultats de ces levés. Il en publie une synthèse douze ans plus tard, grâce au financement de l’impression par son employeur : c’est le Neptune oriental. L’ouvrage offre dans le même volume des instructions nautiques et un atlas, les planches étant placées en vis-à-vis des textes, le tout respectant un classement géographique. L’atlas comporte vingt-six cartes basées sur ses repérages menés dans l’Océan Indien et sur la consultation des journaux de la compagnie. Même si presque toutes les cartes sont plates et que l’ouvrage souffre de grosses lacunes en matière de longitude, le Neptune Oriental est la réalisation la plus aboutie de l’hydrographie française de cette période. Il obtient un bon succès, y compris Outre-Manche, car il comble dans une certaine mesure des lacunes entretenues par les Portugais et les Hollandais, peu désireux d’encourager d’éventuels concurrents à venir naviguer dans ces parages. Même si elle a été souhaitée par Chabert, directeur du Dépôt des cartes et plans de la Marine, qui ne possède pas dans ses fonds d’exemplaires de l’édition de 1745, la seconde édition du Neptune oriental, en 1775, cette fois dédiée au roi, n’obtient pas un bon accueil au sein du Dépôt . Pourtant, les cinquante-neuf cartes que comporte cette édition sont plutôt meilleures que celles de la première livraison, bien qu’elles contiennent encore de nombreuses imperfections. Les autres atlas nautiques du XVIIIe siècle publiés au Dépôt de la Marine Le Dépôt cherche à mettre à mal la concurrence des éditeurs privés et obtient bientôt le monopole de la confection des cartes marines en France, par le biais de l’arrêt du 5 octobre 1773, fondateur du contrôle de la production hydrographique en France. Même s’il n’est pas toujours respecté, l’arrêt renforce la position du Dépôt, qui développe sa production dans les années 1770 et 1780, publiant plusieurs nouveaux neptunes, entre autres Le pilote de l’isle de Saint-Domingue, de Chastenet de Puységur, paru en 1787, et Le pilote de la Terre-Neuve en 1784, qui est en réalité une traduction du North American Pilot de Michael Lane et de Cook, les Anglais pratiquant, eux, des campagnes de levés. Il faut aussi citer le Neptune de la Baltique, sur lequel commence à travailler Beautemps-Beaupré. Il s’agit d’un projet coûteux lancé par Fleurieu qui a tenu à ce que la gravure des cartes soit particulièrement soignée, ce qui explique la durée de six années nécessaire à la publication de l’ouvrage. Ces atlas sont pour l’essentiel le résultat d’un travail effectué en cabinet, puisque les seuls levés pratiqués durant ces années-là par les soins du Dépôt le sont dans le cadre du projet du nouveau Neptune français, qui avorte rapidement. Les atlas des grands voyages de circumnavigation La seconde moitié du XVIIIe siècle est naturellement marquée par les grandes expéditions de découvertes anglaises et françaises, qui sont à l’origine de remarquables cartes nautiques. Le précurseur, dans ce domaine-là comme dans tant d’autres, est James Cook, qui effectue dans le Pacifique des campagnes hydrographiques donnant des résultats d’une qualité bien supérieure aux cartes produites auparavant dans les campagnes de découvertes. Le premier grand atlas
hydrographique français d’exploration est celui de l’infortuné La Pérouse,
qui paraît en 1797, près de dix ans après la perte de l’expédition, dont
il illustre le remarquable travail hydrographique. La publication des récits des grandes expéditions de découvertes est à chaque fois l’occasion d’une célébration des vertus nationales dont fait partie le savoir-faire hydrographique. Cela mérite bien des tirages limités sur papier vélin, en plus de l’édition ordinaire, et un financement par l’Etat, qui couvre l’intégralité des frais de publication des grands voyages de circumnavigation du Directoire à la fin de l’Empire. A titre indicatif, les deux volumes de texte du voyage de D’Entrecasteaux sont vendus par l’éditeur Arthus Bertrand au public au prix de 72 francs. Leur publication représente finalement un coût de 86 350 francs pour 1 000 exemplaires (soit 2 000 volumes), auxquels il convient d’ajouter 50 exemplaires sur vélin hors commerce . L’époque de la Restauration marque un tournant dans la publication des grands voyages, puisqu’elle est désormais le fait des éditeurs privés, qui ne se montrent pas moins sensibles que l’Etat au prestige que de telles parutions peuvent leur conférer. Beautemps-Beaupré et le Pilote français La production hydrographique française est bientôt bouleversée par la publication des premières cartes du Pilote français, qui marquent une rupture nette avec les méthodes passées du Dépôt de la Marine. Elles sont le fruit de gigantesques travaux de reconnaissances commencés en mars 1816 à la pointe de la Bretagne. Au bout du compte, les cartes des côtes de France de Beautemps-Beaupré et de son équipe d’ingénieurs hydrographes, ce sont vingt-huit années (de 1816 à 1843) d’inlassables travaux de levés, de rédaction et de gravure, pour parvenir à un vrai monument. Beautemps-Baupré prévoit dès le départ un programme de publication . Il en termine la rédaction en avril 1819, juste avant la quatrième campagne de levés. Il songe à constituer plusieurs volumes, à faire paraître au fur et à mesure de la production des cartes, formant ainsi un atlas auquel il commence par donner le nom de Nouveau Neptune français. Cette appellation est remplacée dès 1822 par celle de Pilote français, peu de temps avant la publication du premier volume. Afin de faire une large diffusion de son programme auprès des navigateurs, Beautemps-Baupré l’expose dans les Annales maritimes et coloniales. Il prévoit alors de consacrer aux vues de côtes un atlas in-4°, qui ne verra jamais le jour, celles-ci étant finalement intégrées dans les volumes du Pilote français. Le premier volume du
Pilote français paraît en octobre 1823, et son auteur le présente aussitôt
à Louis XVIII. Les premières cartes ont été disponibles à la vente au fur
et à mesure de leur impression, mais à partir du deuxième volume du Pilote
français, la plupart des planches de chaque volume passent en bloc à
l’impression dans les mois précédant leur publication. A titre
d’exemple, la presque totalité des documents que contient le cinquième
volume du Pilote français sont élaborés et achevés entre 1837 et 1839,
avant de passer en gravure entre 1839 et 1841, année de publication du
volume. Le Pilote français continue d’employer le procédé ancien de la vue de côte, qui demeure très appréciée des navigateurs et qui peut ainsi faire office d’outil de séduction à l’égard des adeptes d’une tradition purement orale. De nombreux marins ne sauraient en effet songer à sacrifier leur usage au profit des seules cartes marines. Les toutes premières vues de côtes du Pilote français sont lithographiées, avant de revenir à partir de 1819 à un système de gravure plus classique en raison du nombre trop élevé de planches à produire. Auparavant, Beautemps-Baupré semble avoir limité leur utilisation, jugeant peut-être ce système de représentation un peu archaïque. Les vues de côtes occupent finalement une proportion très importante des documents contenus dans le Pilote français, où elles atteignent un degré de finesse inédit jusque là, grâce à la qualité des interventions successives des hydrographes et des graveurs du Dépôt. Les autres réalisations du XIXe siècle Le Pilote français, chef-d’œuvre de Beautemps-Beaupré, éclipse un peu le reste de la production hydrographique de la première moitié du XIXe siècle. Les ingénieurs hydrographes de la marine, issus du corps créé officiellement en 1814, opèrent cependant sur d’autres rivages. Outre leur participation aux grands voyages de circumnavigation, ils animent également des expéditions plus restreintes où ils mettent en œuvre leur talent d’hydrographes, par exemple une campagne en Amérique du Sud dirigée par l’amiral Roussin, qui aboutit à la parution du Pilote du Brésil. Ses planches sont d’une apparence très proche de celles du Pilote français. Bilan de la diffusion des atlas nautiques au XIXe siècle Il convient d’ajouter quelques éléments d’hypothèses sur la diffusion des atlas nautiques à cette époque . Il ne faut jamais oublier que l’utilisation de la carte moderne nécessite des préalables, que ne maîtrisent pas la plupart des navigateurs. Ceux-ci sont un peu perdus dans le fonds complexe de l’hydrographie française, et apparaissent démunis face à son coût, à la suite de son développement. De plus, il nous est bien difficile de percevoir les pratiques réelles du monde des caboteurs, car les témoignages manquent à l’appel. En réalité, il ne fait pas de doute que peu de bâtiments sont équipés de cartes. Il en va bien sûr différemment au sein de la marine royale, où ce n’est ni l’existence ni l’utilisation des cartes qui posent problème, mais bien leur conditionnement. Un long débat oppose les partisans des atlas et ceux des cartes à la feuille classées dans des portefeuilles. La plupart des officiers optent pour les neptunes qui leur offrent plusieurs avantages. Ils peuvent servir d’appoint pour pointer, leur ôtent le souci de tenir un classement et ne les menacent pas de s’envoler à tout moment par-dessus bord. Surtout, les atlas leur sont payés, ce qui leur économise l’achat de toutes les cartes en feuilles correspondantes. L’Etat voit bien sûr les choses avec un œil très différent. Lorsque les atlas sont endommagés, cela l’oblige à procéder au remplacement de l’intégralité des cartes qui y étaient contenues, ce qui représente un coût important. Les partisans des portefeuilles, au premier rang desquels figure le Dépôt de la Marine, obtiennent gain de cause dans les années 1830. Le débat se clora définitivement avec l’apparition de la table à cartes moderne au cours de la décennie suivante. par Alain
Morgat, ALLEN (Phillip),
L’atlas des atlas : le monde vu par les cartographes. Brepols, 1993. |
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